Il y en a environ cent soixante-dix, dispersés des fjords norvégiens aux rives de la Volga, de l'Irlande jusqu'aux sables de la mer Caspienne. Épées droites, à double tranchant, typiques de l'âge viking : quatre-vingt-dix centimètres de lame, une poignée à pommeau lobé, une garde courte et nue. Rien, au premier regard, qui les distingue des autres lames scandinaves.
C'est sur le plat, à quelques centimètres de la garde, qu'apparaît la marque. Six lettres latines encadrées de deux croix, incrustées dans le métal par martelage au fer à chaud : +VLFBERH+T ou +VLFBERHT+, selon les exemplaires. Au revers, souvent, un second motif géométrique. L'inscription n'a rien d'une gravure de surface : elle pénètre la lame, soudée par forgeage. Elle est faite pour durer autant que l'épée.
Les datations couvrent un large intervalle : du milieu du IXe siècle à la fin du XIe. Deux cents ans de production, sous une même signature. Les plus belles pièces sont aujourd'hui conservées au Nationalmuseet de Copenhague, au Kulturhistorisk Museum d'Oslo, à l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, au Deutsches Klingenmuseum de Solingen. Quelques-unes dorment encore au fond de riches sépultures, attendant la pelle d'un archéologue.